Les repas où je me sens seule dans la DME… même entourée

Il y a des repas où je pourrais être entourée de dix personnes… et pourtant me sentir seule.
Pas seule physiquement.
Pas seule dans la pièce.
Mais seule dans ce que je vis, dans ce que je porte, dans ce que je ressens.

La DME a cette façon étrange de créer une bulle autour de moi.
Une bulle invisible, mais bien réelle.
Une bulle où je suis la seule à comprendre ce qui se joue vraiment.

Je suis la seule à voir les micro‑signaux.
La seule à anticiper les gestes.
La seule à sentir la tension monter quand il garde un morceau trop longtemps en bouche.
La seule à retenir ma respiration quand il tousse.
La seule à savoir que ce n’est pas un “caprice”, mais une exploration.
La seule à comprendre que ce n’est pas “du désordre”, mais de l’apprentissage.

Et parfois, cette solitude me pèse.

Je regarde autour de moi.
Les autres parlent, rient, mangent, commentent la journée.
Ils vivent un repas.
Moi, je vis un moment d’observation, de vigilance, d’émotions mêlées.

Je suis là, mais pas vraiment.
Je suis présente, mais dans un autre espace.
Je suis avec eux, mais connectée à lui.

Il y a des repas où j’aimerais que quelqu’un dise :
“Je vois ce que tu fais.”
“Je vois ce que ça te demande.”
“Je vois que tu portes beaucoup.”
Pas pour me féliciter.
Pas pour me applaudir.
Juste pour ne pas me sentir seule dans cette charge invisible.

Parce que la DME, ce n’est pas seulement poser des morceaux dans une assiette.
C’est gérer ses propres peurs.
C’est affronter ses propres souvenirs.
C’est apprendre à lâcher prise.
C’est accepter de ne pas tout contrôler.
C’est faire confiance à un bébé qui découvre le monde une bouchée à la fois.

Et ça…
Personne ne le voit vraiment.

Il y a des repas où je me sens seule parce que je suis la seule à comprendre ce que ça réveille en moi.
La seule à sentir cette petite pointe d’angoisse quand il attrape un aliment trop vite.
La seule à ressentir cette fierté immense quand il réussit quelque chose de nouveau.
La seule à vivre ce mélange étrange de peur et d’amour, de vigilance et de douceur.

Mais il y a aussi des repas où cette solitude se transforme.
Où elle devient un espace à part, un espace précieux.
Un espace où je me découvre.
Où je me vois autrement.
Où je comprends que cette solitude n’est pas un manque…
mais une preuve.

La preuve que je suis investie.
La preuve que je suis impliquée.
La preuve que je suis attentive.
La preuve que je suis une mère qui accompagne, qui observe, qui protège, qui aime.

Et puis, il y a ces moments minuscules qui brisent la solitude.
Un regard qui cherche le mien.
Un sourire plein de purée.
Un morceau qu’il me tend comme si c’était un trésor.
Un geste maladroit mais intentionnel.
Un éclat de rire qui me ramène à lui, à nous, à ce lien qui existe seulement à notre table.

Dans ces instants-là, je ne suis plus seule.
Je suis exactement là où je dois être.
Dans ce rôle que personne ne voit vraiment, mais que lui ressent entièrement.

La DME m’a appris beaucoup de choses.
Mais surtout ça :
La solitude n’est pas un vide.
C’est un espace où je deviens la mère que je suis en train d’être.

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