Je ne pensais pas que la DME allait me ramener là. À des souvenirs que je n’avais pas envie de revisiter. À des sensations que je croyais loin derrière moi. À des moments d’enfance que j’avais rangés dans un coin de ma mémoire.
Mais la DME, ce n’est pas seulement une méthode pour bébé. C’est un miroir. Un miroir qui me renvoie à ma propre histoire avec la nourriture.
Je me souviens de moi, petite. Assise à table. Avec cette assiette qu’il fallait finir. Avec ces “allez, encore une cuillère”. Avec ces “tu ne te lèveras pas tant que ce n’est pas terminé”. Avec ces regards qui surveillaient. Avec cette pression silencieuse qui disait : “Il faut manger pour faire plaisir.”
Je me souviens de la sensation dans mon ventre. Pas la faim. La peur. La peur de décevoir. La peur de ne pas faire assez bien. La peur de ne pas être “sage”.
Et aujourd’hui, quand je vois mon bébé toucher un aliment sans obligation, je sens quelque chose bouger en moi. Quelque chose qui dit : “Moi, je n’ai pas eu ça.”
Quand je le vois refuser sans crainte, je me dis : “Moi, je n’avais pas le droit.”
Quand je le vois explorer sans pression, je me dis : “Moi, j’aurais aimé qu’on me laisse le temps.”
La DME réveille tout ça. Pas pour me faire mal. Mais pour me montrer que je peux faire autrement. Que je peux casser un schéma. Que je peux offrir à mon enfant ce que je n’ai pas reçu.
Je me rends compte que ma relation à la nourriture n’a pas toujours été simple. Que j’ai appris à manger pour faire plaisir. Pour être “bien”. Pour être “comme il faut”. Pour ne pas déranger.
Et parfois, pendant les repas DME, je sens cette vieille habitude revenir. Cette envie de dire : “Allez, goûte.” “Allez, mange un peu.” “Allez, fais-moi plaisir.”
Mais je me retiens. Je respire. Je me rappelle que ce n’est pas son histoire. Que ce n’est pas son poids à porter. Que ce n’est pas son rôle de réparer ce que j’ai vécu.
La DME m’apprend à me libérer. À aimer autrement. À transmettre différemment. À laisser la nourriture être ce qu’elle devrait toujours être : une découverte, pas une obligation.
Je regarde mon bébé et je vois un enfant libre. Libre d’essayer. Libre de refuser. Libre de toucher. Libre de grandir à son rythme.
Et dans cette liberté, je guéris un peu. Je répare quelque chose en moi. Je me dis que je suis en train de changer une histoire. La mienne. La sienne. La nôtre.
La DME me renvoie à ma propre histoire avec la nourriture. Et c’est parfois douloureux. Parfois déroutant. Parfois bouleversant.
Mais c’est aussi une chance. Une chance de faire autrement. Une chance de transmettre mieux. Une chance de créer un lien plus doux, plus vrai, plus libre.
Et finalement, c’est peut-être ça, le plus beau : en l’aidant à découvrir la nourriture, je me redécouvre aussi.
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