Il y a des jours où la DME me met face à quelque chose que je n’aime pas regarder. Quelque chose que je porte depuis longtemps. Quelque chose que je n’ai pas choisi, mais qui est là, dans un coin de moi : mes insécurités alimentaires.
Je ne parle pas seulement de ce que je mange. Je parle de ce que j’ai vécu. De ce qu’on m’a dit. De ce que j’ai ressenti. De ce que j’ai appris, parfois malgré moi.
Je parle de ces repas où je me suis sentie obligée. De ces moments où je me suis sentie observée. De ces phrases qui restent, même quand on grandit : “Finis ton assiette.” “Tu n’as pas assez mangé.” “Tu vas me vexer.” “Tu es difficile.” “Tu devrais aimer ça.”
Je parle de cette relation à la nourriture qui n’a pas toujours été douce. De ces émotions qui se mélangent à l’assiette. De cette pression silencieuse qui s’installe sans qu’on s’en rende compte.
Et aujourd’hui, quand je regarde mon bébé découvrir un aliment, je sens cette peur monter : et si je lui transmettais ça ?
Et si un jour, il ressentait ce que j’ai ressenti ? Et si un jour, il se jugeait comme je me suis jugée ? Et si un jour, il se mettait une pression que je n’ai jamais voulu porter ? Et si un jour, il associait la nourriture à quelque chose de lourd, de compliqué, de chargé ?
Cette peur, elle est là. Elle ne crie pas. Elle ne s’impose pas. Elle chuchote. Elle murmure. Elle me suit pendant certains repas.
Mais la DME m’aide à lui répondre.
Parce que la DME, c’est tout l’inverse de ce que j’ai vécu. C’est la liberté. C’est la découverte. C’est l’autonomie. C’est le respect du rythme. C’est l’absence de pression. C’est la confiance.
Quand je le vois toucher un aliment sans obligation, je me dis : “Je suis en train de casser quelque chose.”
Quand je le vois refuser sans crainte, je me dis : “Je suis en train de lui offrir ce que je n’ai pas eu.”
Quand je le vois explorer sans jugement, je me dis : “Je suis en train de créer une autre histoire.”
Et c’est là que ma peur se transforme. Elle ne disparaît pas — parce que les insécurités ne s’effacent pas en un jour — mais elle devient plus douce. Plus silencieuse. Plus petite.
Je comprends que je ne peux pas effacer mon passé. Mais je peux écrire le sien autrement. Je peux lui offrir une relation à la nourriture qui commence dans la liberté, pas dans la contrainte. Dans la curiosité, pas dans la peur. Dans la confiance, pas dans le jugement.
Je peux lui montrer que manger n’est pas une performance. Que refuser n’est pas un échec. Que découvrir prend du temps. Que son corps sait. Que je le respecte. Que je l’écoute.
Et finalement, je réalise quelque chose : la DME ne guérit pas seulement mon bébé. Elle me guérit aussi.
Elle me montre que je suis capable de transmettre autre chose. Que je suis capable de briser un cycle. Que je suis capable d’aimer autrement. Que je suis capable de créer un lien plus doux, plus libre, plus sain.
Les jours où j’ai peur de transmettre mes insécurités alimentaires, je regarde mon bébé. Je le vois explorer. Je le vois grandir. Je le vois devenir lui.
Et je me dis : “Je fais de mon mieux. Et mon mieux, aujourd’hui, c’est déjà beaucoup.”
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