Il y a des jours où je me pose cette question en boucle, sans même m’en rendre compte.
Pas à voix haute.
Pas devant les autres.
Juste dans ma tête, entre deux bouchées, entre deux gestes, entre deux respirations.
Est‑ce que je fais assez bien ?
C’est une question qui arrive souvent pendant les repas.
Peut‑être parce que les repas sont un miroir.
Un miroir de ce que je donne, de ce que je transmets, de ce que je suis en train de construire avec lui.
Je le regarde attraper un aliment, hésiter, le reposer, le reprendre.
Je le regarde explorer, parfois avec confiance, parfois avec prudence.
Et pendant que lui avance, moi je doute.
Je doute de la texture.
Je doute de la quantité.
Je doute de ma patience.
Je doute de ma façon de réagir quand il refuse, quand il jette, quand il pleure, quand il rit.
Je doute même de mes intentions.
Est‑ce que je fais ça pour lui ?
Pour moi ?
Pour “bien faire” ?
Pour être une bonne mère ?
Pour ne pas décevoir ?
Pour ne pas me décevoir ?
Il y a des repas où tout semble fluide.
Où je me sens alignée, présente, sereine.
Où je me dis : “Ok, là, je fais bien.”
Et puis il y a les autres.
Ceux où je me sens bancale, fragile, un peu perdue.
Ceux où je me sens jugée, même quand personne ne parle.
Ceux où je me sens dépassée, même quand tout va bien.
Ceux où je me sens seule, même quand je ne le suis pas.
Je crois que cette question — faire assez bien — elle ne vient pas de la DME.
Elle vient de la maternité.
De ce rôle immense qu’on porte sans mode d’emploi, sans pause, sans validation.
Et pourtant…
Il y a toujours un moment qui me ramène.
Un moment minuscule, presque invisible.
Un regard.
Un sourire.
Un petit bruit de satisfaction.
Une main qui se tend vers moi.
Un morceau qu’il me “donne”, comme si c’était un cadeau.
Un geste maladroit mais plein d’amour.
Dans ces instants-là, je comprends quelque chose :
Il ne me demande pas d’être parfaite.
Il ne me demande pas d’être experte.
Il ne me demande pas d’être infaillible.
Il me demande juste d’être là.
Présente.
Disponible.
Aimante.
Patiente, même quand je ne le suis pas totalement.
Sincère, même quand je doute.
Et ça…
Ça, je le fais.
Tous les jours.
Même quand je ne m’en rends pas compte.
Alors oui, il y a des repas où je me demande si je fais assez bien.
Mais il y a aussi des repas où je réalise que je fais déjà tout ce qu’il faut.
Pas parfaitement.
Pas comme dans les livres.
Pas comme dans les vidéos.
Mais comme une mère qui aime, qui essaie, qui apprend, qui avance.
Et finalement…
C’est ça, faire assez bien.
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