Les petites victoires qu’on oublie de célébrer

Il y a des jours où la DME ressemble à un grand chantier. La nourriture par terre, les mains collantes, les vêtements tachés, les bâtonnets écrasés sur la table. On se dit que c’est compliqué, que c’est fatigant, que ce serait tellement plus simple de prendre une cuillère et de tout gérer nous‑mêmes. Et pourtant, au milieu de ce chaos, il y a des petites victoires. Des moments minuscules, presque invisibles, que l’on oublie de célébrer.

Je me souviens d’un matin où mon bébé a réussi à attraper un morceau sans le laisser tomber. Ce n’était pas grand-chose. Un geste rapide, presque maladroit. Mais pour lui, c’était une première. Une petite victoire. Je l’ai vu concentré, fier, comme s’il venait de gravir une montagne. Et moi, j’ai souri, discrètement, parce que j’avais l’impression d’assister à quelque chose d’important.

Il y a aussi eu ce jour où il a goûté un aliment qu’il refusait depuis des semaines. Je ne m’y attendais pas. Je l’avais posé sur son plateau sans conviction, presque machinalement. Et pourtant, il l’a pris, il l’a senti, il l’a goûté. Pas beaucoup, juste une petite bouchée. Mais c’était une victoire. Une preuve que les enfants reviennent parfois vers ce qu’ils ont laissé de côté, à leur rythme, sans qu’on ait besoin d’insister.

Une autre petite victoire, c’est quand il a commencé à manger plus lentement. Au début, tout allait vite. Il attrapait, il lâchait, il jetait, il s’énervait. Puis un jour, sans que je m’en rende compte, il a pris son temps. Il a observé la texture, il a tourné le morceau dans sa main, il a exploré. Ce n’était plus un repas précipité. C’était une découverte. Une petite victoire de patience, pour lui comme pour moi.

Il y a aussi ces moments où il ne mange pas beaucoup, mais où il reste calme. Où il touche, où il explore, où il observe. On pourrait croire que ce n’est pas un repas réussi, mais en réalité, c’en est un. Parce qu’il apprend. Parce qu’il découvre. Parce qu’il vit l’expérience sans stress. Une petite victoire de sérénité.

Et puis il y a les victoires qui ne se voient pas du tout. Celles qui se passent dans son développement, dans sa confiance, dans sa manière d’aborder les repas. Le jour où il ne panique plus devant une nouvelle texture. Le jour où il ne sursaute plus quand un morceau glisse. Le jour où il comprend qu’il peut gérer, qu’il peut essayer, qu’il peut se tromper. Ces victoires-là sont silencieuses, mais elles sont immenses.

Je crois que la DME m’a appris à regarder autrement. À voir ce que je ne voyais pas avant. À remarquer les progrès minuscules, les gestes hésitants, les tentatives discrètes. À comprendre que les repas ne sont pas seulement une question de quantité, mais une question de chemin. Un chemin fait de petites étapes, de petites réussites, de petites victoires.

Aujourd’hui, quand je le vois manger, je ne cherche plus la perfection. Je ne cherche plus à ce qu’il finisse son assiette. Je regarde ces moments qui passent vite, ces gestes qui semblent anodins, ces progrès qui ne font pas de bruit. Et je me dis que ce sont eux, les vrais signes qu’il grandit.

Les petites victoires ne sont pas spectaculaires. Elles ne se photographient pas. Elles ne se racontent pas toujours. Mais ce sont elles qui construisent la confiance, l’autonomie, la sérénité. Ce sont elles qui font de la DME une aventure, pas une méthode.

Et je crois que c’est pour ça qu’il faut apprendre à les célébrer. Même en silence. Même intérieurement. Parce qu’elles sont la preuve que, jour après jour, notre enfant avance. Et que nous avançons avec lui.

Laisser un commentaire

Comments (

0

)