Avant de commencer la DME, j’avais une liste de peurs que je n’osais même pas dire à voix haute. Elles étaient là, discrètes mais bien présentes, comme une petite boule dans le ventre chaque fois que je voyais un bébé manger seul sur une vidéo. Je me disais que ce n’était pas pour moi, que je n’étais pas assez sereine, pas assez confiante, pas assez “maman parfaite” pour laisser mon bébé gérer des morceaux.
La première peur, celle qui prenait toute la place, c’était l’étouffement. Rien que le mot me paralysait. Je me voyais déjà en panique, incapable de réagir, perdue. Je pensais que la DME était réservée aux parents courageux, ceux qui ne tremblent pas, ceux qui ne doutent pas. Je me trompais complètement. Cette peur était normale, presque universelle, mais à l’époque, je croyais qu’elle me disqualifiait.
J’avais aussi peur de mal faire. Peur de choisir les mauvais aliments, de les couper de la mauvaise façon, de ne pas respecter les règles. Peur de ne pas être à la hauteur. Je lisais des articles, je regardais des vidéos, mais plus je me renseignais, plus je me sentais dépassée. Comme si chaque information ajoutait une pression supplémentaire. Je voulais tellement bien faire que je me mettais une exigence impossible.
Et puis il y avait cette peur plus silencieuse, plus intime : celle d’être jugée. Je craignais les remarques, les regards, les phrases du type “Tu es sûre que c’est une bonne idée ?” ou “À mon époque, on ne faisait pas ça”. Je ne voulais pas passer pour la maman qui suit les tendances, celle qui prend des risques inutiles. Je voulais simplement faire ce qui était bon pour mon enfant, mais la peur du regard des autres me freinait.
Je me souviens du jour où j’ai décidé de me lancer malgré tout. Ce n’était pas un moment héroïque, juste une petite décision prise dans le calme. Je me suis dit que mes peurs n’avaient pas besoin de disparaître pour que je commence. Qu’elles pouvaient être là, mais que je pouvais avancer quand même. J’ai préparé un aliment simple, j’ai installé mon bébé dans sa chaise, et j’ai respiré profondément.
Ce qui s’est passé ensuite n’a rien à voir avec ce que j’avais imaginé. Mon bébé n’a pas avalé un morceau trop vite. Il n’a pas paniqué. Il n’a pas fait quelque chose de dangereux. Il a simplement exploré. Lentement, prudemment, avec cette curiosité naturelle que les enfants ont. Et moi, je l’ai regardé. Je n’étais pas parfaitement détendue, mais je n’étais plus paralysée. Je découvrais que la DME n’était pas un saut dans le vide, mais une progression douce, un apprentissage partagé.
Mes peurs n’ont pas disparu du jour au lendemain. Elles se sont transformées. Elles ont diminué. Elles ont laissé de la place à la confiance, à la fierté, à la sérénité. J’ai compris que la DME n’était pas une méthode pour les parents qui n’ont pas peur, mais pour ceux qui avancent malgré leurs peurs, qui apprennent en même temps que leur enfant.
Aujourd’hui, quand je repense à ces premières inquiétudes, je ne me juge plus. Je me comprends. Elles faisaient partie du chemin. Elles m’ont permis d’être vigilante, attentive, présente. Elles m’ont aussi appris que la maternité n’est pas une histoire de perfection, mais de progression.
Si je devais résumer ce que j’ai appris, ce serait ceci : les peurs ne sont pas un obstacle à la DME. Elles sont simplement le point de départ. Et c’est en avançant, un repas après l’autre, qu’on découvre qu’on est bien plus capable que ce qu’on croyait.
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